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Lors d'un voyage, le plus important n'est pas la destination finale mais le chemin, parsemé d'épreuves et de rencontres, qu'on a parcouru pour y parvenir.

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Bonjour,

Quelque soit le moyen de transport, motorisé ou non, le voyage est une aventure de chaque instant. Voici un coup de coeur pour des brêleux venus d'un autre siècle (le 20ème en l'occurence) qui ont parcouru 700 bornes au guidon de leurs machines avaleuses de bitume... le Joe Bar Team a trouvé ses successeurs ! Remarquez au passage qu'ils ont dû pédaler presque autant que nous lors de notre rando en VTT !!! L'une de leurs étapes les a conduit au sommet du Mont Ventoux : www.dailymotion.com/relevance/search/mob+riders/video/x9zdx4_mobriders-au-ventoux_travel

 



Publié à 18:43, le jeudi 27 août 2009,
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Traversée des Cévennes à V.T.T.

Le Chemin de Stevenson (GR 70)

 

(22 au 26 juillet 2007)

 


Prologue

 

      Après avoir parcouru les vertes prairies d'Irlande et sillonné les rues de Belfast et Derry encore marquées par le conflit nord-irlandais, nous avions décidé de repartir pour de nouvelles aventures. Mais cette fois-ci, elles se dérouleraient en France, et à V.T.T. Rapidement, nous optâmes pour le « chemin de Stevenson » ; tout d'abord, parce que ce chemin de randonnée traverse une contrée proche de chez nous mais que nous connaissons peu. Ensuite, la révolte des camisards, au coeur des Cévennes (de Montpellier jusqu'au Haut-Vivarais), a occupé une place importante dans l'histoire de notre région durant les guerres de religions du XVIème au XVIIIème siècle.

      Une fois les étapes du parcours définies, nous préparâmes notre matériel. Le plus important était de ne rien oublier tout en limitant le poids de nos bagages. Quelques vêtements légers, d'autres plus chauds, une tente, deux sacs de couchage et du matériel de réparation furent rassemblés pour un poids total d'environ 6 kg pour les sacs à dos et 3 kg sur les porte-bagages. A cela s'ajouteraient les vivres achetés chaque jour dans les villages traversés afin de ne pas être constamment surchargés.

      Enfin, tels Don Quichotte et son fidèle écuyer Sancho Pança s'apprêtant à effectuer une de leurs épiques sorties, nous étions prêts à entamer un périple d'environ 250 kilomètres à travers les Cévennes. Cependant, une inconnue résidait dans notre capacité à pédaler pendant les cinq jours prévus sans souci majeur. De plus, nous espérions que la météo ne compromettrait pas nos desseins.

 


Premier jour : Le-Puy-en-Velay - Pradelles

 

Météo : ensoleillé
Distance : 64,67 km
Temps : 6h26
Vitesse moyenne : 9,72 km/h

 

      En ce dimanche de juillet, le ciel était couvert mais il ne pleuvait pas ! C'était donc le jour de notre départ sur les pas de l'écrivain écossais Robert-Louis Stevenson. Ce dernier avait entrepris, en 1878, de silloner et découvrir les Cévennes, théâtre de la révolte des camisards protestants deux siècles plus tôt. Cette guerre faisait suite à la révocation de l'édit de Nantes. Il parcourut ainsi, pendant douze jours, le pays cévenol du Monastier-sur-Gazeille à Saint-Jean-du-Gard, accompagné de Modestine, une ânesse achetée pour l'occasion à un paysan du Monastier.
Aujourd'hui, le « chemin de Stevenson » débute au Puy-en-Velay pour s'achever à Alès. C'est donc au pied de la cathédrale du Puy que commençait symboliquement notre périple. Cette ville, qui est également l'un des points de départ du pélerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, a la particularité de demeurer captivante même pour celui qui la connaît déjà. En effet, ses ruelles pavées, sa cathédrale, la chapelle d'Aiguilhe et la statue de Saint-Joseph sont autant de trésors architecturaux à (re)découvrir. En déambulant dans les rues étroites de la vieille ville, entièrement dévouée au culte de la Vierge dont la statue domine le rocher Corneille, on imagine facilement l'atmosphère qui devait y régner à l'époque médiévale.

      Vers 9 heures, nous quittâmes donc la capitale vellave en direction de la vallée de la Loire et de Coubon. A la sortie du Puy, la « calade d'Ours », chemin pavé très pentu et rendu glissant par la pluie de la veille, nous mit tout de suite dans le vif du sujet. Plus loin, une fois traversé le pont de la Loire, au centre de Coubon, nous aperçûmes l'imposant château de Bouzols qui dominait le village. Nous prîmes ensuite la direction du Monastier-sur-Gazeille. Le chemin était parfois difficilement roulant à cause des cailloux qui le parsemaient. Nous montâmes ainsi en altitude et, une fois la brume levée, s'ouvrit devant nous un immense plateau bordé à l'est par le mont Mézenc. Son sommet était noyé dans le brouillard. A notre droite, ce plateau était déchiré par une profonde vallée au fond de laquelle coulait la Loire. A l'horizon, quelques nuages moutonneux se déplaçaient au gré du vent. Le beau temps était au rendez-vous et la matinée fut assez agréable.

 

A 11 heures, nous atteignîmes le Monastier où nous remplîmes nos sacs de vivres. Après avoir fait le tour du village et admirer l'église et l'ancien monastère qui abrite aujourd'hui la mairie, nous nous rendîmes devant la stèle marquant le point de départ du voyage de Stevenson.
Une heure plus tard, nous reprîmes notre chemin pour rejoindre Goudet où nous avions décidé de faire la pause casse-croûte. Une fois le ruisseau de la Gazeille traversé, nous remontâmes sur le plateau. Là, les chemins de pouzzolane très roulants devenaient par endroits caillouteux et boueux,. Nous parcourûmes ainsi une dizaine de kilomètres jusqu'à une longue descente abrupte plongeant dans les gorges de la Loire et le joli petit village de Goudet. Nous nous arrêtâmes donc sur les bords de Loire, près des ruines du château de Beaufort, afin de nous restaurer et reprendre des forces.

      Après une sieste réparatrice, nous remontâmes en selle et, sous un soleil au zénith, nous gravîmes la rive gauche de la Loire pour dominer à notre tour le château. Le chemin était recouvert de gros cailloux qui nous empêchaient de monter à vélo et c'est donc à pied que nous dûmes grimper une centaine de mètres de dénivelé. Nous commencions à avoir très chaud et les gouttes de sueur perlaient sur nos fronts lorsqu'enfin nous atteignîmes le plateau. Le chemin devenait ensuite une succession de petites montées et de faux plats descendants où il fallait toujours pédaler. Les descentes franches, permettant de récupérer, furent assez rares. Ceci devint, à la longue, usant et notre moral commençait à baisser. De plus, le paysage devenait plus plat et monotone. C'est alors qu'apparut, aux abords de Pradelles, le lac de Naussac scintillant entre les sapins.

      A l'idée que la fin de l'étape était toute proche, nous nous lancèrent à vive allure dans une descente enfin digne de ce nom. Mais nous déchantâmes rapidement, car nous avions fait fausse route et ce petit plaisir nous fit faire un détour de 3 kilomètres qui en parurent bien davantage car nos jambes étaient maintenant très lourdes. Enfin, après 65 kilomètres d'effort, nous pûmes dresser notre tente dans le camping de Pradelles et goûter à un repos mérité avant de reprendre la route le lendemain. A l'horizon, le soleil se couchait lentement, disparaissant derrière les collines.


Deuxième jour : Pradelles - Chasseradès

 

Météo : pluvieux, froid
Distance : 53,31 km
Temps : 4h51
Vitesse moyenne : 10,95 km/h

 

      En arrivant à Pradelles, situé à flanc de coteau, nous pouvions apercevoir en contrebas la ville de Langogne et le lac de Naussac. Là, nous quittions le Velay pour pénétrer en Gévaudan dont le nom évoque aussitôt une contrée mystérieuse, lieu de légendes anciennes comme celle de la fameuse bête qui sema la terreur dans la région entière.

      Le lundi matin, nous quittâmes donc Pradelles sous un ciel de plus en plus menaçant ; la pluie ferait sûrement son apparition dans la journée. Nous décidâmes de nous rendre jusqu'à Langogne par la route afin d'y arriver au plus tôt et de pouvoir acheter nos provisions pour la journée. A peine sortis de la cité lozérienne, voici que la pluie tombait déjà sous forme de crachin. Et, en direction de Saint-Flour-de-Mercoire, le brouillard nous empêchait de profiter du paysage.
Plus loin, notre parcours empruntait un sentier herbeux traversant des pâturages plus ou moins humides où paissaient quelques vaches. Le décor, des prairies marécageuses sous une nappe de brouillard, faisait penser aux paysages du Connemara.

 
Nous continuâmes ainsi jusqu'à une longue descente nous emmenant vers Cheylard-L'Evêque, petit village ayant plutôt l'allure d'un hameau avec ses quelques maisons, son bar-restaurant et sa petite église. L'unique curiosité était la chapelle dominant le bourg depuis un piton rocheux. Après avoir traversé le ruisseau du Cheylard, nous amorçâmes une montée au pied de laquelle nous dépassâmes une famille de randonneurs. Le chemin s'élevait rapidement et notre rythme ralentît. J'eus alors la suprise de me faire doubler par ces mêmes randonneurs qui marchaient à un rythme soutenu. Ils me distancèrent rapidement et rattrapèrent Alex. Mais la fierté de ce dernier est telle qu'il entreprît aussitôt d'engager la conversation avec l'un d'eux afin qu'il ne le double pas. Pour ma part, j'étais assez loin derrière, grimpant à mon rythme. Heureusement, nous n'avions pas fait autant d'efforts en vain et nous appréciâmes à sa juste valeur la descente suivante.

 

      Plus loin, cheminant entre les sapins, nous entrâmes dans une clairière au milieu de laquelle se trouvait le lac de l'Ouradou. Là, nous eûmes l'agréable surprise de découvrir un petit refuge en bois dans lequel nous nous installâmes pour manger et faire sécher nos vêtements. Nous étions impatients de pouvoir déguster une bonne ration de riz-jambon afin de nous réchauffer. Le moment venu de faire bouillir l'eau, le briquet refusa de s'allumer à cause de l'humidité. Alors que nous avions perdu tout espoir de manger chaud, une flamme jaillit lors d'un ultime essai. Nous nous empressâmes de faire cuire le riz et de le savourer. A l'extérieur, la pluie tombait par intermittence et le vent soufflait fort.
Une heure plus tard, nous reprîmes notre cheminement à travers bois pour descendre jusqu'au château de Luc, construction antérieure au XIIème siècle et démantelée par Richelieu au cours des guerres de religion. Lorsque Robert-Louis Stevenson y fit halte, la statue de Notre-Dame de Luc qui se trouve au sommet du donjon venait d'y être érigée.

 

Depuis le village, nous longeâmes l'Allier jusqu'à la Bastide-Puylaurent. De là, partait un sentier de randonnée conduisant à la trappe de Notre-Dame des Neiges. Nous n'avions malheureusement pas le temps de faire un détour pour goûter au fameux vin des moines. A peine arrivés à la Bastide, une averse s'abattit sur nos têtes. En attendant que la pluie cesse, nous prîmes un verre à l'hôtel-restaurant du village. Puis, nous décidâmes de rallier Chasseradès par la route départementale plutôt que par les chemins détrempés : nous avions eu notre quota d'eau pour la journée !
Vers 17h30, nous fûmes heureux d'atteindre enfin le camping de Chasseradès afin de profiter d'une douche chaude et relaxante.

 

      Malgré la pluie et le froid, cette deuxième journée s'était très bien déroulée. Le paysage changeait progressivement, devenant de plus en plus vallonné, et notre forme physique était au beau fixe. Au loin, se dressaient les pentes du mont Lozère. Son sommet était noyé sous d'épais nuages gris sans doute remplis de pluie, et qui semblaient nous narguer : voilà ce qui nous attendait pour le lendemain !


Troisième jour : Chasseradès - Le Pont-de-Montvert

 

Météo : pluvieux et froid puis ensoleillé
Distance : 42,01 km
Temps : 5h18
Vitesse moyenne : 7,90 km/h

 

      En effet, les cieux n'étaient pas plus cléments en ce mardi matin. Le froid et la pluie étaient au rendez-vous dès le départ, lequel fut retardé par une crevaison. Tout cela ne contribuait pas à nous motiver mais nous nous mîmes tout de même en selle.
Nous traversâmes Chasseradès où nous ne vîmes âme qui vive, atteignant ensuite Mirandol, au pied de la montagne du Goulet. Ce charmant petit village aux maisons en pierres est traversé par un magnifique viaduc reliant Mende à Montpellier.
Depuis quelques minutes, la pluie nous transperçait jusqu'aux os et le froid commençait à engourdir nos membres. La première ascension, jusqu'à un col situé à plus de 1400 mètres d'altitude, fut longue et éprouvante. De plus, la pluie incessante rendait le chemin glissant.
La forêt du Goulet était constituée majoritairement de sapins, d'épicéas mais aussi de hêtres et, malgré le mauvais temps, nous appréciions la nature et son silence.  
Une fois le col atteint, nous descendîmes vers une petite vallée pour ensuite remonter jusqu'à une ligne de crête, « la draille des mulets ». Découvrant la source du Lot, nous le longeâmes pendant la majeure partie de la descente vers le Bleymard. La pente était quelques fois si raide que les freins de nos machines se mirent à chauffer, mais ce fut un vrai régal de serpenter à vive allure entre le ruisseau et les arbres. Peu avant midi, nous arrivâmes au Bleymard où nous fîmes quelques courses avant de nous accorder un repas chaud à l'auberge. Auparavant, nous fîmes la connaissance de deux vététistes sur les traces desquels nous roulions depuis plusieurs kilomètres. Après avoir discuté quelques minutes, ils décidèrent d'entreprendre l'ascension du mont Lozère.

      Nous leur emboîtâmes le pas une heure plus tard. La montée d'environ 8 kilomètres jusqu'au sommet de Finiels, à 1699 mètres d'altitude, empruntait tout d'abord un large sentier traversant la forêt. La progression fut lente mais il valait mieux gérer nos efforts pour être certain d'arriver en haut sans trop peiner. De plus, la pluie continuait de tomber rendant l'adhérence aléatoire sur certaines portions. L'ascension fut longue et éprouvante mais la présence de randonneurs qui nous encourageaient nous incita à ne pas faiblir. Nous atteignîmes ainsi la station du mont Lozère à environ mi-parcours.

Puis, le paysage changea brutalement : la forêt fit place à une vaste étendue dénudée. Seule subsistait une lande couverte de bruyère, parsemée çà et là de quelques genêts et arbustes rabougris. Nous comprîmes alors que le vent, soufflant fort désormais, ne permettait pas le développement d'une végétation plus haute. Sa puissance rendait notre progression difficile. Nous cheminions maintenant sur un petit sentier balisé par des montjoies. Ces grandes pierres taillées et plantées là guident les bergers et leurs troupeaux ainsi que les randonneurs, par temps de brouillard. Dès le sommet atteint, celui-ci fit son apparition. Par crainte de perdre notre chemin, nous ne prîmes que quelques minutes pour admirer le panorama.
La première partie de la descente, très caillouteuse, nous obligea à descendre de vélo. Nous tentâmes bien de remonter en selle à plusieurs reprises mais nous dûmes renoncer de peur de chuter. A pied, nos chevilles et nos genoux étaient mis à rude épreuve. Nous effectuâmes ainsi environ 500 mètres avant de rejoindre un sentier praticable.

 

Et, après une journée et demie de pluie, de brouillard et de froid, nous eûmes l'impression de pénétrer dans un éden lorsque s'ouvrit devant nous un vallon verdoyant et ensoleillé. En son sein était blotti le village de Finiels, véritable havre de verdure et de silence au coeur du massif du mont Lozère.

Nous roulâmes ensuite dans une vallée où nous retrouvâmes les deux vététistes de la matinée. Nous fîmes ainsi un bout de route ensemble, jusqu'au Pont-de-Montvert. Nous dépassâmes également deux randonneurs qui s'évertuaient, depuis de longues minutes, à faire franchir à leur âne un obstacle naturel. En arrivant au Pont-de-Montvert, au terme de notre troisième étape, nous fîmes nos adieux à nos deux compagnons de route qui avaient décidé de rouler jusque tard dans la soirée. Pour notre part, nous terminions ici notre étape afin de nous reposer et de récupérer d'une journée assez fatigante du fait du dénivelé parcouru.
Après avoir monté notre tente au camping et pris une douche, nous profitâmes de la chaleur enfin retrouvée pour nous rendre dans le bourg afin de boire un verre et manger en terrasse.

      

Le Pont-de-Montvert, qui compte environ 300 habitants, occupe une place essentielle dans l'histoire des camisards puisque c'est ici qu'avait éclaté la guerre. En y arrivant, depuis les hauteurs environnantes, on découvre un village aux maisons de pierres et aux toits d'ardoises alignés au fond d'une vallée traversée par le Tarn. Tout autour se dressent des collines qui semblent préserver le bourg du monde extérieur.

      Après avoir traversé le Velay puis le Gévaudan, nous pénétrions enfin dans les Cévennes que Robert-Louis Stevenson avait tant voulu connaître et qu'il nous permettait, à notre tour, de découvrir.


Quatrième jour : Le Pont-de-Montvert - Gare de Cassagnas

 

Météo : ensoleillé, chaud
Distance : 49,89 km
Temps : 5h16
Vitesse moyenne : 9,46 km/h

      La journée du mercredi s'annonçait chaude et ensoleillée, ce qui nous donna du baume au coeur. Malgré cela, elle débuta tout de suite par une difficile montée de 3 kilomètres à pied à flanc de montagne. Au fond de la vallée, les maisons rétrécissaient au fur et à mesure que nous grimpions.
Ce type de mise en jambe n'était pas idéal mais une fois l'ascension achevée, nous débouchâmes sur la Cham de l'Hermet, large plateau dominant la vallée du Tarn et le Pont-de-Montvert. Il était couvert de lande à callune au milieu de laquelle émergeaient de gros rochers aux formes arrondies par l'érosion et une petite bergerie en pierre. Empruntant un sentier, au milieu des herbes hautes et des fougères, nous redescendîmes dans une petite vallée. Il fallait sans cesse rester vigilant pour éviter les trous et les cailloux pouvant nous faire chuter. Puis le chemin s'éleva de nouveau. Chacun progressait à son allure et l'ascension au sein de la forêt du Bougès fut plutôt agréable, à l'ombre de multiples essences d'arbres.

 

Arrivés au col de la Planette, nous empruntâmes un chemin de crête qui rejoignait le signal du Bougès, point de vue situé à 1421 mètres d'altitude. Contrairement à la veille, le ciel était dégagé et nous pûmes admirer le splendide panorama qui s'offrait à nous. Au sud, on apercevait un océan vert bleuté de montagnes constituant les Cévennes. Au nord, se trouvait le plateau du Pont-de-Montvert avec, en arrière-plan, le massif du mont Lozère. Plus à l'ouest, apparurent les falaises du Causse Méjean. La vue était vraiment magnifique et nous aurions pu rester là des heures, contemplant le paysage. Mais nous devions poursuivre notre chemin pour atteindre Cassagnas en fin d'après-midi. Le début de la descente était plutôt roulant mais piégeux par endroits. Nous croisâmes une famille, accompagnée d'un âne qui pensait plus à manger qu'à avancer. Ils nous expliquèrent que cela les empêchait de parcourir plus de 10 à 15 kilomètres par jour mais qu'ils pouvaient ainsi profiter pleinement des paysages traversés.

      Un kilomètre plus loin, nous arrivâmes à un refuge en bois. Il était environ midi, nous décidâmes donc de manger ici. Cet instant restera sûrement l'un des plus forts du voyage : nous déjeunions sur une magnifique terrasse d'altitude. Une table en bois entourée de bancs jouxtait le refuge. L'ensemble avait été fabriqué avec du bois de récupération ; ceci donnait un aspect plutôt sauvage aux lieux. Notre « restaurant » d'altitude dominait la vallée de la Mimente au coeur de laquelle nous nous rendions. Au premier plan, la bruyère colorait de rose pourpre le versant sur lequel nous nous trouvions.
De part et d'autre de la vallée se dressaient des collines couvertes de pins à crochets, de hêtres et autres châtaigniers.

Leurs crêtes, en revanche, étaient plus dénudées. Au fond, le Causse Méjean jetait ses falaises calcaires dans le Tarn pour former des gorges impressionnantes. La vue était grandiose et nous eûmes la sensation d'avoir trouvé ce que nous étions venu chercher : une nature sauvage offrant des paysages aux couleurs variées, le tout baignant dans un silence apaisant, loin de toute civilisation.

      Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et nous dûmes continuer notre parcours. Nous descendîmes alors pendant plus de 10 kilomètres jusqu'au fond de la vallée, d'abord par un chemin assez cassant pour les vélos et nos bras. Puis, après le col du Sapet, le chemin devenait très roulant. Nous le dévalâmes à tombeau ouvert. Par bonheur, deux randonneurs que nous croisâmes étaient sur le bas-côté car nous aurions eu beaucoup de mal à les éviter au regard de notre vitesse. Nous avalâmes donc les 520 mètres de dénivelé d'une traite pour rejoindre Bédouès puis Florac, ville de 2000 habitants et porte des Cévennes. Cette cité s'étire entre le Tarnon, qui se jette un peu plus loin dans le Tarn, la corniche des Cévennes et le rocher de Rochefort. Nous fîmes une pause à la terrasse d'un café pour nous rafraîchir car le soleil dardait maintenant ses rayons sans relâche.
Plus tard, après avoir traversé le bourg, nous enjambâmes le Tarnon pour emprunter un sentier remontant la vallée de la Mimente en sous-bois. La fraîcheur était très appréciable et nous parcourûmes ainsi une quinzaine de kilomètres. A mi-parcours, nos deux compagnons de la veille réapparurent, à l'ombre d'un tunnel de l'ancienne voie ferrée transformée en chemin de randonnée. Celui-ci nous conduisit jusqu'à l'ancienne gare de Cassagnas où nous allions passer la nuit. Il était temps d'arriver car les sacs à dos devenaient pesants et nos épaules douloureuses.

      Malgré la fatigue, nous avions pris beaucoup de plaisir durant cette journée. Le beau temps avait été au rendez-vous et les paysages impressionnants. Nous aurions tout de même voulu en profiter davantage. Malheureusement, nous devions nous rendre à Saint-Jean-du-Gard dès le lendemain.

Cinquième jour : Gare de Cassagnas - Saint-Jean-du-Gard

 

Météo : ensoleillé, très chaud
Distance : 43,35 km
Temps : 4h26
Vitesse moyenne : 9,77 km/h

      La nuit fut réparatrice mais le réveil plutôt frais car le camping était situé en bordure de rivière. Cette journée était la dernière du voyage et le départ fut matinal. Comme à l'accoutumée, cette étape débuta par une montée d'environ 4 kilomètres en pente douce au coeur de la forêt de Fontmort. Après 2 kilomètres, une erreur d'orientation nous donna l'occasion de découvrir le Plan de Fontmort, au carrefour de plusieurs chemins. Dans cette clairière, des combats sanglants eurent lieu entre catholiques et protestants. Lors de la célébration du centenaire de l'Edit de Tolérance, en 1787, un obélisque fut dressé ici à la mémoire des martyrs protestants. Après avoir retrouvé notre chemin, et discuté un moment avec des marcheurs, nous poursuivîmes par un chemin de crête. Ce dernier, taillé dans la roche par endroits, serpentait entre les pins et les hêtres. Il s'agissait d'un chemin royal créé par les troupes de Louis XIV afin de surveiller la population et d'empêcher les assemblées du Désert. Ces rassemblements clandestins permettaient aux protestants persécutés de pratiquer leur culte dans les endroits les plus reculés des montagnes cévenoles.

      Une fois le col de la Pierre Plantée franchi, nous amorçâmes une descente, d'abord très roulante sur un large chemin, puis en lacets et plus technique au milieu de la pinède. Nous pénétrâmes alors dans le bourg de Saint-Germain-de-Calberte qui s'étageait en terrasses, à flanc de montagne. Autour de nous, le paysage n'était qu'une succession de monts aux crêtes acérées et de vallées profondes, le tout sous un dense manteau forestier. Le beau temps et la chaleur rendaient la matinée agréable. Nous fîmes alors une halte pour remplir nos gourdes à la fontaine du village.
Longeant le Gardon, notre route nous conduisit ensuite à Saint-Etienne-Vallée-Française. Il était un peu plus de midi lorsque nous nous arrêtâmes pour manger au bord de l'eau et reprendre quelques forces. Nous retrouvâmes, pour la dernière fois, nos deux compères qui s'étaient égarés durant la matinée, et que nous avions ainsi dépassés. Une heure plus tard, nous nous remîmes en selle sous un soleil de plomb. La chaleur était suffoquante et le sentier impraticable à vélo. Nous rejoignîmes donc à pied une large piste qui nous mena jusqu'au col de Saint-Pierre. Cette piste ne nous offrait pas d'ombre et nous suions donc à grosses gouttes.

De plus, pour nous désaltérer, nous n'avions dans nos bidons que de l'eau chauffée par le soleil. Notre satisfaction fut très grande lorsque nous eûmes fini l'ascension et que nous pûmes reprendre notre souffle dans une partie ombragée du col.
Nous étions satisfaits d'avoir franchi le dernier col du parcours et avions le regard tourné vers Saint-Jean-du-Gard, ultime étape de notre voyage.

      La descente vers la vallée du Gardon ne fut pourtant pas facile. L'étroit sentier, jonché de gros cailloux tranchants nous empêchant de rouler librement, serpentait entre les pins. Nous progressions donc à pied, en prenant bien soin de ne pas nous fouler une cheville. De temps à autre, nous tentions de remonter sur nos vélos mais le risque était trop grand. En fait, la seule satisfaction fut de marcher à l'ombre car la chaleur était étouffante.
Nous parvinmes ainsi jusqu'à un chemin goudronné où nous nous empressâmes d'enfourcher nos bicyclettes. Puis, une large route nous conduisit jusqu'à Saint-Jean-du-Gard, ville touristique sur les rives du Gardon. C'est ici que Robert-Louis Stevenson termina son périple à travers les Cévennes avec son ânesse Modestine, qu'il vendit avant de rejoindre Alès en calèche.

 

 


Epilogue


Distance totale : 253,23 km
Distance journalière moyenne : 50,65 km
Temps total : 26h17
Temps journalier moyen : 5h15
Vitesse journalière moyenne : 9,56 km/h

      Tout comme Modestine il y a plus d'un siècle, notre voyage s'acheva devant la fontaine Stevenson de Saint-Jean-du-Gard. Nous étions heureux d'être parvenus au terme de notre parcours sans encombre. En effet, hormis une crevaison, notre randonnée s'était déroulée sans incident technique majeur. De plus, notre bonne condition physique nous avait permis de surmonter les difficultés. Nous étions donc satisfaits d'avoir respecté le planning fixé avant le départ, en parcourant chaque étape en une journée.

      Malgré la pluie, le brouillard et le froid des premiers jours, nous avions donc parcouru plus de 250 kilomètres et franchi plusieurs cols de plus de 1200 mètres. Nous venions de traverser des paysages magnifiques, des plateaux volcaniques du Velay aux vallées encaissées des Cévennes.

      Cette randonnée a donc été une très belle aventure sportive et surtout humaine. Elle nous a permis de rencontrer des personnes, d'horizons divers, avec lesquelles nous avons bavardé ou fait un bout de chemin. Nous eûmes tout le loisir d'en discuter devant une bonne pizza et un petit rosé dans un restaurant dont le patron ressemblait étrangement à Robert-Louis Stevenson. Peut-être son fantôme n'avait-il jamais quitté cette région...

 

Texte : Jean Michel PICQ
Photos : Jean Michel PICQ et Alexandre GAGNE

 

Merci Alex « el condor » pour ton agréable compagnie, ta bonne humeur et tes histoires imaginaires,
merci Anne pour ton infinie gentillesse et ta patience mise à rude épreuve...
... en attendant de partager de nouvelles aventures ensemble.

 

Et merci à Valérie et Thibaut pour leur aide à la rédaction
et à Farid pour la réalisation du carnet de route.

 



Publié à 10:51, le lundi 23 février 2009,
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